Essais de voix malgré le vent

Olivier Barbarant

Voilà dix ans que je tente passer la rampe sans trop forcer les choses ni les mots gaspillés
Tant que faire se peut à éviter les coups de glotte ou le leurre d’en rajouter
Dix ans à prendre les pages pour cet étrange mégaphone où le murmure porte au loin sans briser si possible sa première douceur
À croire qu’avec le livre ouvert c’est le frisson qui se propage et qui peut-être se survit

Dix ans à vous prêter entre mon corps et l’ombre ce bruit de branche agitée qu’un jour vous aussi avez entendu
Sans toujours songer à le dire si bien que je le fais pour vous
Rêvant des phrases et formes de remords comme une mûre dans les ronces
Rompant lentement le silence jusqu’à nos lèvres écorchées
Pour faire place au peu de jours de vous à moi qui nous rassemble.

Essais de voix malgré le vent, Éditions Champ Vallon, 2004.

Poème
de l’instant

Autoportrait d’un autre

IL S’ÉTAIT TRESSÉ un masque de fougères qui, le matin même, était encore vert. À présent il était devenu sec et cassant, pauvre armure désormais incapable de le cacher. Les oiseaux plongeaient comme des poignards dans la succion des vagues. Il se rappelait l’accélération de la chute, l’écriture de l’eau autour de son corps. Ainsi était-il resté des heures étendu. Était-il vrai que l’île se fût formée de la sorte, il ne pouvait le dire. Il se rappelait seulement la lenteur après la chute, l’acquittement de la violence qui l’avait libéré, l’étreinte de la mer.

Cees Nooteboom, Autoportrait d’un autre, Traduit du néerlandais par Philippe Noble, Actes Sud, 1994.