Le ciel d’autrefois

Sylvie Fabre G

Le ciel d’autrefois naît de celui d’aujourd’hui

aussi pétris qu’en apparence le rocher

en nos têtes pourtant nous sommes fluides

nous redoublons la vie

l’autre vie nous pardonne, pardonne notre malheur

puisque nous avons malgré lui

la conscience ineffable de sa bonté

solitaires d’une solitude sans mesure

nous sommes dans le retentissement anonyme

qui nous apprend le poème de l’amour

plus vrai que nos pauvres certitudes

dont la lampe s’éteint en sanglots

vers après vers, du collier de ses mots

il pare notre bouche coquillage

à l’origine, mémoire, visage

première éternité du désir et du manque

dont nous portons l’étreinte

en notre âme intuitive

nous ressemblons aux astres vagabonds

trop denses pour étancher notre soif du Tout

comme eux nous gravitons dans l’air

nous n’imaginons pas assez que l’univers respire

que notre souffle peut être à l’unisson

mais si nous raréfions l’autre en nous

- cantique de l’esprit, folle incarnation

notre langue s’élève comme fumée au ciel

pour tracer l’axe tremblant des cœurs.

Les yeux levés, Ed. L’Escampette

Poème
de l’instant

Évariste de Parny

Poésies érotiques

Enfin, ma chère Éléonore,
Tu l’as connu ce péché si charmant
Que tu craignois, même en le désirant ;
En le goûtant, tu le craignois encore.
Eh bien, dis-moi ; qu’a-t-il donc d’effrayant ?
Que laisse-t-il après lui dans ton âme ?
Un léger trouble, un tendre souvenir,
L’étonnement de sa nouvelle flamme,
Un doux regret, et surtout un désir…
… Moments délicieux, où nos baisers de flamme,
Mollement égarés, se cherchent pour s’unir !
Où de douces fureurs s’emparant de notre âme,
Laissent un libre cours au bizarre désir !

Évariste de Parny, Poésies érotiques, 1778.