Poèmes

Laisse-moi te dire…

Margaret Atwood

Where do the words go
when we have said them ?

Où vont les mots
quand nous les avons dits ?

Margaret Atwood
Laisse-moi te dire…, traduit de l’anglais (Canada) par Christine Évain, Éditions Bruno Doucey, 2020

Le Livre des anges

Lydie Dattas

« L’obstacle du chagrin »

Rien ne m’enlèvera la joie d’être vivante :
je chérirai la vie jusqu’à mon dernier souffle.
Le bonheur me rendait la vie intolérable
à l’âge où je voulais mourir pour être heureuse.
Le malheur me prenait le meilleur de mon temps,
le bonheur se plaignait de ne jamais me voir
quand le soleil soudain s’est mis de mon côté.
J’ai franchi d’un seul coup l’obstacle du chagrin :
j’ai revu le sourire incroyable des roses
et ce bleu plus profond que toutes nos pensées.
La joie ne pourra plus assombrir mon esprit,
je vis sous un soleil que j’ai trouvé en moi.

Lydie Dattas
Le Livre des anges
Poésie/Gallimard, 2020

Personne

Antoine Emaz

violences de vies tues
dispersées devenues
muettes dans leur révolte
ou leur patience qui remontent
dans ces plus d’air passé
à peine visible
dans le tournis des feuilles

Antoine Emaz
1955-2019
Personne, Éditions Unes, 2020

False Prophet

Bob Dylan

Another day without end - another ship going out
Another day of anger - bitterness and doubt
I know how it happened - I saw it begin
I opened my heart to the world and the world came in

Bob Dylan
« False Prophet », Rough and Rowdy Ways, Columbia Records, 2020

« Offrande »

Guy Goffette

« Offrande »

Parler d’août
brûle ma langue

J’élève dans le soleil
un enfant de ma fièvre
au goût de sel
quelques mots que la mer
en partant m’a laissés
qui me parlent d’oiseaux
qui avivent mon feu

Je suis une calanque
au milieu du désert

Guy Goffette
Pain Perdu, Éditions Gallimard, 2020

La Chair du monde

Jean Paul Guibbert

LE POÈME EST UN TISSU DE BRUMES
à l’envers du renoncement.
Nous nous éloignons, puis la forme
nous rejoint ou s’efforce de nous reprendre.
Alors nous savons
que nous ne sommes pas abandonnés
et que le temps égale si peu la durée
qu’il en sera ainsi
jusqu’au dernier jardin possible.

Un arbre nu dans la lumière,
un champ ouvert,
nous prient de demeurer
pour ce qui venant de plus loin que l’aube
depuis l’aube vient au-devant de nous.

Jean Paul Guibbert
La Chair du monde, Éditions Phébus, 2005

La vie profonde

Anna de Noailles

Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Anna de Noailles
1876 - 1933
« La vie profonde », Le Cœur innombrable, 1901

« Hérédité »

Tony Harrison

« Hérédité »

Comment tu es devenu poète, c’est un mystère !
D’où a pu te venir ce talent ?
Disons : J’avais deux oncles, Joe and Harry –
l’un était bègue, l’autre était muet.

Tony Harrison
Cracheur de feu, Traduction de Cécile Marshall, Éditions Arfuyen, 2011

« Heredity »

Tony Harrison

« Heredity »

How you became a poet’s a mystery !
Wherever did you get your talent from ?
I say : I had two uncles, Joe and Harry –
one was a stammerer, the other dumb.

Tony Harrison

Le général sudiste de Big Sur

Richard Brautigan

Une mouette vint nous survoler, son cri nous parvenait dans la lumière, son cri traversait historiquement des chansons de douce couleur. Nous avons fermé les yeux, et l’ombre de l’oiseau s’est enfoncée dans nos oreilles.

Richard Brautigan
1935 - 1984
Le général sudiste de Big Sur, Christian Bourgois éditeur, 1975

Poème
de l’instant

Coplas

Moqueur siffle le merle
quand l’alouette lève
sa volée en ton cœur.

José Bergamín, « Coplas », Traduction de L.-F. Delisse, Revue Caravanes 8, Éditions Phébus, 2003.